Le Maroc s’est imposé comme l’une des premières destinations mondiales de l’externalisation de services (offshoring) : centres de relation client, BPO comptable et financier, services informatiques, ingénierie. Au-delà des atouts géographiques et humains, le Royaume offre un cadre fiscal particulièrement attractif, codifié dans le Code Général des Impôts. Voici ce que prévoit exactement la loi en 2026 — et comment en bénéficier.
L’externalisation de services au Maroc : de quoi parle-t-on ?
L’offshoring désigne l’externalisation d’activités de services au profit de donneurs d’ordre, généralement étrangers. Les principales filières concernées au Maroc sont :
- CRM : centres de relation client (appels, support, télévente) ;
- BPO : externalisation de processus métier (comptabilité, paie, back-office bancaire et assurance) ;
- ITO : services informatiques (développement, infogérance, testing) ;
- ESO : ingénierie et R&D externalisées ;
- KPO : services à forte valeur ajoutée (études, analytics, juridique).
Ces activités peuvent être exercées à l’intérieur ou en dehors des plateformes industrielles intégrées (P2I) dédiées : Casanearshore, Rabat Technopolis, Fès Shore, Oujda Shore, Tétouan Shore ou encore Tanger Shore.
Exonération totale d’IS pendant 5 ans : l’article 6-II-B-4° du CGI
L’article 6-II-B-4° du Code Général des Impôts prévoit que les sociétés exerçant les activités d’externalisation de services, à l’intérieur ou en dehors des P2I dédiées à ces activités, bénéficient de l’exonération totale de l’impôt sur les sociétés pendant les cinq (5) premiers exercices consécutifs à compter de la date du début de leur exploitation.
Points d’attention : l’exonération court à partir du début d’exploitation (et non de la date de création juridique), et l’activité doit être conforme aux textes législatifs et réglementaires en vigueur définissant l’externalisation de services. Pendant la période d’exonération totale, la cotisation minimale n’est pas due.
Et après les 5 ans ? Les taux d’IS applicables en 2026
Au-delà de la période d’exonération, la société est imposée dans les conditions de droit commun. Depuis le 1er janvier 2026, la réforme des taux issue de la loi de finances 2023 est pleinement aboutie (art. 19-I-A du CGI) :
- 20 % : taux de droit commun, quel que soit le chiffre d’affaires ;
- 35 % : pour les sociétés dont le bénéfice net fiscal est supérieur ou égal à 100 millions de dirhams.
Pour le détail de la convergence des taux 2023-2026, consultez notre article dédié : l’évolution des taux de l’IS au Maroc de 2023 à 2026.
TVA : l’export de services exonéré avec droit à déduction
Les prestations de services rendues à l’export sont exonérées de TVA avec droit à déduction (art. 92-I-1° du CGI) : la société offshoring ne facture pas de TVA à ses clients étrangers tout en conservant le droit de récupérer la TVA supportée sur ses achats — avec, le cas échéant, une procédure de remboursement de crédit de TVA à piloter rigoureusement.
L’offre Maroc Offshoring : IR plafonné et primes (dispositif d’appui)
En complément du CGI, l’État a mis en place un dispositif conventionnel d’appui au secteur — l’« offre Maroc Offshoring » — qui prévoit notamment une contribution étatique ramenant la charge effective d’IR salarial à 20 % (Casablanca, Rabat) voire 10 % dans les autres régions disposant d’une P2I offshoring, ainsi que des primes à la formation et à l’emploi. Attention : il s’agit d’un mécanisme conventionnel soumis à éligibilité et à la signature d’une convention (guichet AMDIE), et non d’un droit automatique inscrit au CGI. Une vérification préalable de l’éligibilité de votre projet est indispensable.
Exemple chiffré
Une société BPO créée en 2026, qui démarre son exploitation la même année et dégage un bénéfice net fiscal de 2 000 000 DH par exercice :
- Exercices 1 à 5 : IS = 0 DH et cotisation minimale = 0 DH, soit jusqu’à 2 000 000 DH d’économie d’impôt cumulée (5 × 2 M DH × 20 %) ;
- À partir du 6e exercice : IS = 2 000 000 × 20 % = 400 000 DH par an.
Les obligations à ne pas négliger
- Comptabilité conforme au CGNC et dépôt des états de synthèse — l’exonération ne dispense d’aucune obligation déclarative (déclaration du résultat fiscal, IR source, états des honoraires…) ;
- CNSS et AMO : immatriculation et déclarations sociales dès le premier salarié ;
- Office des Changes : les recettes d’exportation de services doivent être rapatriées et déclarées conformément à la réglementation des changes ;
- Prix de transfert : les prestations intragroupe avec la maison mère étrangère doivent être facturées à des conditions de pleine concurrence, documentation à l’appui.
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Questions fréquentes
L’exonération d’IS de 5 ans est-elle réservée aux sociétés installées dans une P2I ?
Non. L’article 6-II-B-4° du CGI vise les activités d’externalisation de services exercées « à l’intérieur ou en dehors des plateformes industrielles intégrées ». Une société offshoring installée hors P2I peut donc en bénéficier, dès lors que son activité entre dans le champ défini par les textes réglementaires.
L’exonération s’applique-t-elle au chiffre d’affaires local ?
L’exonération de l’article 6-II-B-4° porte sur l’impôt sur les sociétés de la société éligible, sans distinction entre chiffre d’affaires local et export dans le texte actuel. En revanche, l’exonération de TVA avec droit à déduction ne concerne que les prestations exportées. Une analyse au cas par cas de votre flux d’affaires reste recommandée.
Le plafonnement de l’IR à 20 % est-il automatique ?
Non. Il résulte de l’offre Maroc Offshoring, un dispositif conventionnel d’appui : il suppose l’éligibilité du projet et la conclusion d’une convention. Il ne s’agit pas d’une disposition du CGI applicable de plein droit.
Quelles démarches pour créer une société offshoring au Maroc ?
Création de la société (SARL ou SA le plus souvent), immatriculations fiscales et sociales, le cas échéant dossier AMDIE pour l’offre offshoring, puis mise en place de la comptabilité et des obligations déclaratives. Consultez notre guide complet de la création d’entreprise au Maroc.
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